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Interview de Philippe Labro diffusée en vidéo live 3G depuis le Palais de L’Elysée (via Qik), première vidéo avec Labro avant l’arrivée d’Obama ainsi qu’une séquence dans la cour du Palais de l’�?lysée.

Dans un bureau de la Présidence de la République, douze représentants de l�??Internet citoyen, dont deux femmes (aussi de Girl Power 3.0), se retrouvent pour la première fois à l�??�?lysée. Le jeune homme chargé de nous accueillir, spécialiste de l�??Internet du Château, n�??a pas encore vingt-cinq ans. Depuis ce bureau, il fait un travail de veilleur. C�??est l�??avatar du Président sur le Web. Que l�??�?lysée se dote d�??un tel analyste est logique dans une stratégie de communication digitale.

Dans la grande cour, cette cour que nous connaissons tous depuis pour l’avoir vue maintes fois dans les médias, nous sommes derrière les journalistes, un peu comme derrière le décor, légèrement en retrait. Les membres de notre petit groupe de « visiteurs » ne s�??éloignent pas trop les uns des autres. On entend dans la rue les clameurs de la foule au passage de la voiture de Barack Obama, aussi bien des touristes américains que des curieux. La limousine noire le dépose face à Sarkozy qui l�??attend sur le perron.

Par moments, on pourrait croire que c�??est le Président des �?tats-Unis en exercice qui est accueilli. Dès que les deux hommes entrent dans le Palais, les journalistes se ruent vers le lieu de la conférence, avec une précipitation un peu étonnante. Conduits par notre guide, nous nous faufilons dans le grand salon et le jardin d�??hiver, dont le toit est une belle verrière lumineuse. Les blogueurs se font leur place dans ce paysage. Chaque fauteuil correspond à une place, qui représente un poids, un pouvoir, et respecte un protocole. Les journalistes présents totalisent une audience de centaines de millions de citoyens. Dans ce cadre, il y a des usages et codes précis. La moitié de l�??assistance est composée de journalistes américains qui suivent le candidat démocrate dans sa tournée à l�??étranger. Les journalistes ne peuvent poser que quelques questions : trois pour les Français, trois pour les Américains. Impossible aux blogueurs d�??intervenir. Nous sommes ici des observateurs silencieux, comme l�??immense majorité des personnes présentes. Nous attendons environ 1h30 dans le beau salon de ce palais aux lustres si grands qu�??ils pourraient ressembler à ceux d�??un salon viennois, entre deux valses.

Barack Obama arrive avec Nicolas Sarkozy. Le président est visiblement content de recevoir le médiatique candidat. Il est très souriant, plaisante plusieurs fois, est très démonstratif dans son soutien et semble avoir un grand plaisir à s�??adresser aux médias américains. Obama est un peu fatigué. Il observe Sarkozy avec une attention accrue, il l�??écoute et l’étudie comme un bon élève. Le sénateur semble venir prendre des leçons de notre président, qui est heureux de lui prodiguer ses conseils. Il s�??étonne presque de constater que notre président adopte un ton si décontracté, si français pour le regard d�??un américain. Obama est un jeune candidat, face à un ainé. Il n�??a pas le loisir de plaisanter. Sarkozy lui est président, mais la route d’Obama est encore bien longue et extrêmement ardue, car la campagne Démocrates contre Républicains est tout juste lancée. Il est contenu, comme s�??il devait gommer toute imperfection ou aspérité, tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de prononcer un avis, tout peser et soupeser.

Il se contient et se surcontrôle, ce qui provoque chez lui une forme de raidissement. Quand il sourit, d�??une dentition ultrabrite, son visage s�??éclaire, son corps se libère légèrement. Mais il n�??a pas encore l�??assurance. Il s�??adresse principalement au peuple américain, qui n�??est pas très féru, on le sait, de politique internationale. Il doit donc bien doser. Il n�??est pas encore un professionnel de la politique de haut niveau, qui repère chaque angle, chaque photographe d�??un rapide coup d�??�?il et se dote d�??une posture dominante. Aujourd�??hui, il n�??était ni grand orateur, ni grand charmeur. Il était élégant et posé. Il n�??enveloppait pas la salle pour la séduire ou la convaincre. La prestation n�??avait donc ici rien de très convaincant.

La pression pesant sur lui est d�??autant plus forte qu�??elle est double. Certes, il y a deux éléments importants : les Américains et le monde veulent vite, très vite tourner la page Bush. Et bien sûr, Obama est métis, ce qui est un événement en soi. Mais à force d�??en appeler un peu trop vite à des figures historiques telles que Martin Luther King ou John Kennedy, on pourrait oublier des évidences : la nécessaire densité, l�??épaisseur de la personnalité. La candidature d�??Obama est séduisante dans le principe, mais il faut creuser l�??image, lui donner du poids et dépasser l�??engouement des journalistes qui ont vécu l�??époque de Bush comme celle des renoncements et d�??une lourde et absurde guerre en Irak, qui les a conduits à altérer leur légendaire liberté. Oui, Barack Obama est un phénomène ; oui, c�??est un moment de changement ; oui, on aimerait un président américain qui prenne à bras le corps le problème de la crise climatique et environnementale, par exemple. En a-t-il l�??étoffe ou les démocrates devront-ils attendre encore quatre ans ? En cette époque de doutes, nous manquons d�??espérance, de foi en l�??avenir, d�??idéaux. En Europe, nous projetons tout cela et plus encore sur Barack. Sera-t-il capable de porter tout cela jusqu�??au bout ? Le phénomène Bayrou, en France, nous a appris que ce n�??était pas si simple. Désolée de vous décevoir, mais malgré ma bonne volonté, l�??obamania ne m�??a pas encore frappée…

(Merci à la Présidence de nous avoir ouvert ses portes, ainsi qu’à Philippe Labro d’avoir échangé avec nous).

[MàJ]
Sur la photo de groupe (leurs billets respectifs en lien) : Samuel Solvit, Gilles Misrahi, Vincent Ducrey, Tristan Mendès France, Stanislas Magniant, Aurélie Siou, Thibault Jézéquel, Natacha Quester-Séméon, Jérôme (Inside the USA), Sacha Quester-Séméon, Guilhem Fouetillou, Anthony Hamelle.

D’autres photos arriveront en ligne dès ce soir.

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Filmé par Sacha QS avec un Nokia N95.

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